6h43 l’hymne national allemand résonne au Langener Waldsee. Mais avant :
Cela fait 2 jours que le team Semper Barbatus est arrivé à Frankfurt et que la pression monte gentiment. J’avoue que je n’ai jamais ressenti autant d’appréhension que le soir avant la course où je tentais tant bien que mal d’avaler un plat de gnocchis. Le matin du départ a été particulièrement avare en parole et c’est avec Seb et Nico que nous nous dirigeons vers le parc de change après avoir quitté l’hôtel à 5h.
Une fois sur place, les rituels rassurant d’avant course commencent et la peur se dissipe au profit d’une tension positive. Steffen saura encore apaiser mes dernières craintes lorsque nous mettons nos combinaisons au bord de l’eau. Début d’un échauffement de 2 minutes puis je me dirige vers le départ. Je suis suspendu dans l’eau à quelques 150m du bord quand retenti l’hymne national allemand.
48 minutes 58 secondes plus tard je sors de l’eau. Mais avant :
La foule de nageur aux bonnets jaunes s’agitent à la dernière note de l’hymne et je prends ce signal comme celui du départ. Je nage seul jusqu’à la première bouée située à ~800m, dépassant quelques nageurs partis plus à gauche. Je profite du retour et de la fin de la première boucle pour m’installer dans un rythme confortable et prends la tête d’un petit groupe où je reconnais le bonnet de Caroline Steffen et Sebastian Kienle. A la sortie de l’eau à l’australienne, je croise le regard de mes supporters, entends mon prénom et trottine pour replonger pour une nouvelle boucle. Au passage je sens une coupure sous le pied, mais l’oublie très vite en me concentrant à reprendre un rythme agréable. A la sortie de l’eau, je suis envahi d’une certaine fierté d’avoir pu emmener et peut-être aider Sebastian Kienle dans sa discipline la plus faible. Je gravis la dune de sable qui nous sépare du parc de change, rentre dans la tente de changement où tout seul, je me prépare tranquillement pour les 180km de vélo.
Après 5heures 6 minutes et 28 secondes, je pose mon vélo. Mais avant :
Les dix premiers kilomètres sont plats et je me mets gentiment dans le rythme. Dans un premier temps j’essaie de rouler autour de 225 à 230w, mais réalise rapidement que je n’y arrive pas. A cet instant, je réalise que mon wattmètre me servira d’indicateur et pas de référence ; je vais faire confiance en mes sensations. Les jambes vont de mieux en mieux lorsqu’au 35ème kilomètre, il commence à pleuvoir. Un groupe revient de l’arrière, les arbitres tardent mais finissent par faire le ménage et je me débrouille pour rester à l’avant du groupe afin de mieux négocier les parties techniques sous la pluie. Le vent souffle de plus en plus fort et à partir du 75ème kilomètre, hilare en raison des conditions météos dantesques, je réalise que j’ai fait exploser le groupe derrière moi. Nous ne sommes alors plus que 4 ou 5 avec dans ma roue Yvonne Van Vlerken. La descente sur Frankfurt se passe bien malgré les obstacles urbains noyés sous une pellicule d’eau et j’engage le début du 2ème tour à vélo avec les prémices d’un problème majeur. Mon Di2 n’a pas aimé ma séance d’aquabiking et mon dérailleur arrière refuse de bouger ; bloqué sur mon 17 dents. Moment de panique, de désespoir, j’ai eu quelques centaines de mètres pour me rappeler que je faisais cette course pour la finir. J’ai alors continué comme cela jusqu’au 109km où David m’attendait avec mon deuxième bidon de maltodextrine. Arrivé en haut de la bosse, je tente de lui raconter mes déboires, il me dit : «vas-y, t’es bien là » et me relance sur le parcours. Je me retrouve alors seul avec mon 52x17 à mouliner comme un pistard. Je m’arrête au prochain ravitaillement pour aller aux toilettes et je sors de la boite bleue plus décidé que jamais. J’irai au bout ! 30km plus tard, comme par magie, mon dérailleur se met en position initiale me laissant avec un 52x11 et un 42x11 ; je pouvais enfin avancer sur le plat. Je remonte gentiment quelques concurrents qui visiblement avaient présumés de leur force puis à l’approche de la dernière difficulté du jour, au kilomètre 170 environ, mon dérailleur me laisse un poil de répits et m’offre généreusement quelques dents. Un énorme ouf de soulagement ! Je grimpe la dernière bosse facilement, je suis aux anges. Je redescend sur Frankfurt, le dérailleur à nouveau bloqué, mais confiant.
Après 3 heures 27 minutes et 43 secondes de course à pied, je franchis la ligne d’arrivée.
Mais avant :
Arrivé dans le parc de change, je suis étonné par la légèreté de mes jambes, prends à nouveau le temps pour ma transition, retourne aux toilettes puis démarre ma première boucle de course à pied. Je me mets rapidement à la cadence dont j’ai l’habitude avec des petits pas pour ne pas sentir mon tendon d’Achille passablement enflammé. Tout se passe bien, je croise, Karen, ma mère, David, Mél, Véro, Raph, Olivier tout au long de la boucle d’environ 10km. Une énergie folle m’habite et je me raisonne pour continuer calmement à un rythme que je sais pouvoir assumer. J’ai quelques alertes au niveau de l’estomac et décide de me ravitailler à l’instinct, à chaque ravitaillement, mais avec ce qui me parle le plus. Les tours s’enchainent et au milieu du troisième je commence à m’inquiéter de la venue du mur. Mes jambes se durcissent un peu, je garde le rythme, me concentre sur ma cadence et commence à me parler à voie haute pour les derniers 6km. Je maintiens mon allure, identique à celle du départ et j’attends la crise avec une certaine arrogance, prêt à en découdre et ne pas lâcher le morceau. Je prends mon dernier chouchou, accélère un peu puis retourne ma visière pour les derniers mètres de course où je passe la ligne d’arrivée en hurlant de bonheur. Wouaw, je l’ai fait ! Je savais que j’avais fini mon premier Ironman et savais que j’avais probablement couru en moins de 3h30. Tout le reste m’importait peu. J’étais fier, heureux et beaucoup plus frais que je ne me l’imaginai.
Après 9 heures 31 minutes et 14 secondes, je finis mon premier Ironman. Mais avant :
Je me suis entrainé deux années pour cet objectif. Mon abandon au Canada après ma piqure d’abeille a été très difficile à accepter, digérer et assumer. Cette année, je ne me sentais pas dans une forme incroyable, limité par mon tendon d’Achille et mes allergies, mais cette année, je savais que je voulais aller au bout de ce rêve. Le temps m’importait peu, je voulais prendre du plaisir et j’en ai eu ! Avant, pendant et après, j’ai reçu et ressenti un soutien incroyable de la part des personnes qui m’entourent, de près ou de loin, chacun à sa manière et mes larmes dans les bras de Karen après la ligne d'arrivée étaient nourries de tout cet amour. MERCI !!
Nico, gare à toi…
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